20
septembre 2018

Un cours de chant avec Helena Mercier-Menachemoff

Rédigé par  2 commentaires   Mis à jour le  22/12/2018

Le matin du jeudi 20 septembre, Helena MERCIER-MENACHEMOFF nous a offert un cours de chant car mardi nous irons chanter «Rallumeurs d'étoiles» (HK) au sommet du carillon de la basilic de la Visitation.

Cette expérience nous a permis de bénéficier d'un cours professionnel et de découvrir que pour bien chanter, il fallait rester mobile et donc savoir se détendre, gérer sa respiration, pratiquer un échauffement, être bien dans son corps et bien dans sa tête car cela transparaît dans la voix. Helena est dynamique, joyeuse et spontanée.

Après le cours de chant, Helena nous a rejoint pour partager le repas du midi au bord du lac d'Annecy. Nous avons profité de ce moment pour l'interviewer sur ses métiers de chanteuse et professeur de chant.

L'interview d'Helena

-Qu’est-ce qui t'a donné envie de chanter et de devenir professeur ?

-Je jouais du piano. J’ai eu plusieurs profs, la dernière s’appelait Maya, nous n'étions pas en accord sur le genre de musique que je voulais jouer, j'ai finalement arrêté puis j’ai cherché quel était mon instrument. J’ai essayé la flûte traversière, le hautbois, le psaltérion, la guitare… et je n’ai pas trouvé ! A un moment donné, en désespoir de cause, ma mère m’envoie chez un prof de chant, à Annecy et là je dis : «Et bien voilà ! C’est ça que je veux ! Le chant». Mon instrument est donc le chant. En fait, une fois que j’ai commencé je n’ai pas pu m’arrêter. Quand tu me demandes, pourquoi j’ai choisi le chant, en fait je n’ai pas choisi le chant, c'est le chant qui m’a choisi. «...[elle chante:] C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme ! ...» (rire) ... Alors pourquoi j’enseigne le chant ? Parce qu’à un moment donné, on m’a demandé de le faire, j’ai essayé et j’ai adoré.

-Est-ce long et difficile de devenir professeur ?

-En fait je ne suis pas devenue professeur, je suis devenue chanteuse. C’est très long. Mais je ne sais pas ce que ça veut dire «difficile». Parce que devenir chanteur ou chanteuse, c’est un chemin de développement personnel, plus qu’autre chose. C’est un peu comme : «Est-ce que c’est difficile de devenir professeur de yoga ?». Bah oui et non, mais en fait, je pense que c’est quelque chose que tu fais, parce que tu ne peux pas faire autrement, parce que c’est toute ta vie. En fait, à un moment donné, toute ta passion tourne autour de ça, chanter, tout le temps, tout le temps... des fois d’ailleurs, ça saoule ma famille, mes amis… En plus, un jour, j’ai découvert que chanter, c’était aussi être acteur et c’est pareil, je ne sais pas m’arrêter, je trouve ça très drôle et j’aime beaucoup.

-Et puis après je pense que c’est quelque chose qui te fait travailler… par exemple je parlais de respiration ce matin, mais je me suis rendu compte que c’était thérapeutique aussi, car la respiration me permet de travailler sur mes problèmes.

-Depuis quand es tu professeur de chant ?

-Alors, attends il faut que je fasse des maths, ça c’est pas mon fort… Ça doit faire 15 ans. Oui, ça fait 15 ans et j'avais 22 ans. Maintenant vous connaissez mon âge [rires]. En fait c’est ma voisine qui m’avait demandé pour sa fille des cours de chant et moi je n'avais jamais donné de cours avant ... j’ai dis : «Bon d’accord.». et puis après j’avais une autre copine qui était actrice, comédienne, qui m’a demandé de la coacher un peu et ensuite je me suis proposée dans un centre d’animation pour gagner trois sous et j’ai adoré ça. Comme j’étais au conservatoire en tant qu’élève de direction de c(h)œur , j’ai fait des cours de chef. Le professeur était le directeur du conservatoire et m’a demandé de prendre une classe en stage, il était content et moi j’étais contente, alors il m’a redonné des classes. Après c’était le doigt dans l’engrenage ! Je n’ai pas pu m’arrêter, c’est comme de la drogue.

-Est-ce difficile d'enseigner le chant ?

-C’est une bonne question, mais, en fait, tout est difficile à enseigner et tout est facile à enseigner, la question n’est pas de savoir si c’est difficile d’enseigner. C‘est pas un problème de sujet, c’est un problème de pédagogie, parce qu'en fait, la question c’est de savoir qu’est-ce que la pédagogie. Socrate disait que la pédagogie c’est la répétition. Donc, à ce niveau là, en fait, c’est la personne qui apprend qui répète. L’enseignant est là pour accompagner la répétition de la personne qui apprend, de l’apprenant dans le jargon... J’ai épousé un prof... [rires] Voilà, donc, en fait, le tout, c’est d’accompagner l’apprenant dans sa découverte. Donc ce n'est pas difficile puisque ce n'est pas moi qui apprend. Apprendre, c’est d’abord le désir d’apprendre.

-Jean-Pierre Lepri, qui est un ancien instituteur et inspecteur de l'éducation nationale dit aussi que la transmission n’existe pas.

-Oui ! Bien sûr. On apprend des choses parce qu’on a envie de les apprendre, personne ne va apprendre à ta place

-Tes élèves sont-ils dans la région ?

-Puisque que je suis dans la région, mes élèves sont globalement dans la région. Ceci dit, je fais des stages, plusieurs fois dans l'année, un aux Contamines et un à Paris, et du coup, j'ai des élèves un peu partout en France, mais surtout aux Contamines et à Paris. Mais la plupart de mes élèves sont ici.

-As tu appris à chanter à des gens connus ?

-Oui et non parce que quand j’étais au conservatoire à Paris, il y avait Nemo Schiffman dans ma classe. C’est un jeune qui a buzzé pendant quelques mois mais après je pense qu’il est reparti dans le classique et donc on l'entend moins maintenant. Il y a lui qui est devenu un peu célèbre, mais s'ils deviennent célèbres, ils ne viennent pas me voir moi en général, ils vont voir des gens qui sont plus… célèbres. Cela me va bien car à vrai dire, la célébrité ce n’est pas vraiment mon objectif.

-Tu diriges à un groupe de gospel 1, est-ce que tu peux nous en dire plus, et notamment pourquoi du gospel ?

C'est une bonne question, le choix du gospel est un hasard. Au départ je chantais beaucoup de choses, mes parents jouaient de la musique traditionnelle, de la musique ancienne, par exemple de la musique baroque, et moi j'aimais beaucoup cette musique, il se trouve que j'avais été prise à la maîtrise de radio France à Paris, puis dans des conservatoires, j'ai chanté du baroque et aussi du lyrique ce qui veut dire plutôt romantique et classique, puis j'ai chanté du contemporain, le contemporain ce n'est pas de la pop, c'est de la musique qu'on appelle expérimentale, c'est de la musique bizarre (rire) , pour savoir il faudrait que tu en écoutes, c'est très intéressant mais il faut surtout en faire (rire) ... par exemple, si vous voulez écouter un compositeur contemporain (qui n'en est plus vraiment un) mais qui est très connu, c'est John Cage. J'en ai fait beaucoup puis j'ai fait de l'éveil musical pour enfant, donc beaucoup de style musicaux différents mais jamais de la pop ni du gospel. Quand j'ai eu mon premier enfant, je me suis dis, ce n'est pas possible, je ne peux pas continuer de vivre à Paris, j'ai décidé de me rapprocher de mes parents à Annecy, on n'avait pas prévu d'y rester mais il s'est trouvé qu'à ce moment là, ma maman voulait prendre sa retraite. Mais je dois donc te parler de ma maman. Il y a 20 ans, elle avait une amie qui avait une école de musique qui s’appelait les ateliers de la voix. Elle a dit à ma mère: "mais tu viens de New York, pourquoi tu ne ferais pas du Gospel ?", ma mère avait toujours chanté du classique et jamais de gospel et elle s'est retrouvée à animer un atelier de Gospel qui a finalement eu du succès et qui s'est étoffé. Et quand elle a voulu prendre sa retraite elle m'a demandé si je ne voulais pas reprendre le groupe de gospel, je lui ai dit "jamais de la vie, de toute façon je ne veux pas être cheffe de chœur, ce que je veux c'est chanter et donner des cours de chant". J'avais quand même pris des cours de direction de chœur mais c'était parce qu'en tant que professeur au conservatoire, c'était bien de le faire. Je me suis quand même retrouvé à la tête de ce groupe de Gospel, je me suis formée sur le tas en observant ma maman et en me cultivant sur internet et en bouquinant beaucoup.

-Merci pour cette réponse bien complète ! Pourra t-on reporter tes dires tels quels sur le net ?

Bien sûr. Concernant le choix du gospel, j'aimerais compléter encore ma réponse. Ma mère a décidé de faire du gospel traditionnel, c'est à dire en version acoustique non sonorisée, et si possible à cappella donc sans instrument d'accompagnement. C'est donc censé être du gospel des origines, surtout du gospel noir Américain du début du 20ème siècle. Je donne cette précision parce que ma mère y a mis une dimension presque politique, de contexte historique lié à l'esclavage et à la lutte pour les droits civiques, et du coup une dimension anti-raciste et anti apartheid, ce qui me convient beaucoup mieux que la dimension purement spirituelle qui me causait des problèmes au départ et qui posait aussi problème à certains choristes jusqu'à ce qu'ils mettent ce qu'ils veulent dans cette spiritualité, car la spiritualité peut être nourrie de pleins de choses différentes, et pas seulement d'une forme de christianisme.


Le groupe de Gospel réalise régulièrement des concerts de soutien qui permettent notamment la collecte d'argent pour la construction de puits en Afrique

-Qu'est-ce qui te plaît le plus dans ton travail ?

- Je crois qu'il y a plein de choses qui me plaisent dans mon métier. J'ai tendance à avoir peur de l'ennui, et du coup je suis très contente d'avoir un travail varié. J'aime bien faire des concerts, j'aime bien accompagner des gens dans la découverte de leur voix(e), j'aime beaucoup amener des gens sur scène et les faire chanter. En gros, j'aime beaucoup de choses dans mon travail.

-Merci Helena !


Une semaine plus tard,

Helena nous a rejoint dans le clocher de la basilique de la visitation d'Annecy pour chanter et jouer "Rallumeurs d'étoiles" de HK, aux côtés de Jean-Bernard LEMOINE, président de l'association des carillonneurs Rhônalpin. Le volume sonore de carillon était très élevé et couvrait largement nos voix mais nous avons très contents de vivre cette expérience. Si nous avions l'occasion de le refaire, il faudrait chanter à quelques centaines de mètres du carillon pour être entendus mais aussi pour éviter la réverbération du clocher qui donne l'impression d'un mélange des notes.



Puis en redescendant du clocher, Helena a chanté un dernier chant très apprécié devant le choeur de la basilique



1 -gospel : Le mot gospel, du vieil anglais godspell, signifie « évangile », rappelant que le Gospel fait référence au Nouveau Testament. Il est le symbole d'une nouvelle naissance, d'une résurrection, de la grâce qui libère en lien avec l'émancipation des esclaves. (wikipedia)



aurel_salomee_maylis
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carillon_visitation
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chant_chez_helena2
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chapeau_helena
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etirement_chant
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gospel_helena
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helena_afrique
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helena_jean_bernard
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helena_visitation
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interview_helena_lac
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visitation_annecy
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2 commentaires

Geneviève LECERF a dit

Je suppose une erreur de frappe mais un morceau de phrase représente tout particulièrement Helena :

élève de directions de cœur

C'est tout notre chèfesse ès Good News !

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jam a dit

Bonsoir ! Merci pour votre commentaire ! nous avons corrigé :-)

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